Les Karauva espionnent les Pandava
Les Pandava quittent l’ermitage Kamyaka épuisés, dans un état lamentable, et se rendent près du lac Dvaitavana. Un ermite les rencontre en route et va donner de leurs nouvelles à Dhritarstra. Ce dernier, qu’on sait aveugle et faible, éprouve de la compassion pour ses neveux, mais en même temps il craint pour son fils Duryodhana, l’héritier potentiel au trône, car il n’a pas oublié les menaces des cousins et en particulier Bhima, après les parties de dés ! Pendant le rapport de l’ermite, Sakuni le tricheur aux dés était caché derrière un mur et espionnait et rapporte la conversation à Duryodhana et à Karna. Ces derniers montent un plan pour saper le moral de ses cousins et les décourager dans leur vengeance. La guerre psychologique commence. Mais le vieux roi acceptera-t-il ? Ce plan consiste à se présenter devant les Pandava en grande pompe, avec tout l’apparat royal, alors qu’ils sont habillés d’écorces d’arbres et sont méconnaissables. La première bataille - Karauva contre Gandharva Plutôt que d’essuyer un refus du père, Duryodhana monte le stratagème suivant : aller inspecter les troupeaux, compter et marquer les veaux qui sont comme par hasard près du lac Dvaitavana, lieu de résidence des cousins et à faire le coup du « Tiens, comme c’est curieux, nous passions par là, incidemment, Pandava we presume !! » Ils pourraient organiser une partie de chasse, joindre l’agéable à l’utile. Dhritarstra accepte le plan à regret, car il soupçonne quelque ruse. Le groupe de « provocateurs » se met en route, suivi de citadins curieux qui avaient appris la nouvelle – qui est allée très vite, comme d’habitude. Ils sont accompagnés de chars, d’éléphants, de fantassins, de chasseurs, de bardes !! et tout ça dans un vacarme étourdissant. Arrivé près du lac, les Gandharva (danseurs et chanteurs célestes, médiateurs entre les dieux et les hommes) leur barrent la route. Qui va là ? Et c’est la première escarmouche. Le Karauva sont déterminés à passer mais les Gandharva avec à leur tête leur roi Citrasena les mettent en déroute. Ils font des prisonniers et même des prisonnières –les princesses- parmi les Karauva. Yudhishou aurait pu se satisfaire de cette situation en voyant ses cousins en grande difficulté et même battus, mais non, ce roi est « droit », c’est sa famille après tout, donc il demande à ses frères de venir à leur secours ! Arjuna et les Gandharva Le roi des Gandharva fait appel à ses pouvoirs magiques pour se rendre invisible ainsi que ses armes afin de combattre Arjuna. Mais ce dernier depuis qu’il est revenu de chez son père Indra dispose d’armes redoutables. En l’occurrence, il fait appel à l’arme Agneya (feu, le agni grec). Chaque camp est déterminé et le combat est rude. Citrasena devant la puissance de feu d’Arjuna se révèle à lui… un ami de longue date, rencontrée déjà chez Indra. Le monde est petit. Arjuna fait revenir à lui l’arme qu’il avait lancée afin d’épargner Citrasena. Mais il est intrigué par la présence opportune des Gandharva dans ces lieux et pourquoi ils ont attaqué les Karauva ? C’est Indra qui les a envoyé pour protéger les Pandava quand il a su (Indra est Dieu et connaît la pensée des hommes n’est-ce pas ?) le funeste projet que leurs cousins ourdissaient ! Yudhishou toujours grand prince, c’est plus fort que lui, il n’est pas roi du dharma pour rien, fait libérer les prisonniers des Gandharvas. Après cette entrée en matière belliqueuse, tout le monde rentre chez soi. Les Karauva dans leur palais à Hastinapura et le Pandava dans leur ermitage. Mais il y a un qui ne veut pas retourner au palais, trop honteux de son pitoyable exploit. C’est Duryodhana. Lui qui voulait humilier les Pandava et saper leur morale se trouve humilié. Le coup de l’arroseur arrosé ! Alors il décide de se laisser mourir, un suicide à petit feu par la grève de la faim ! Mais le suicide, vous vous doutez bien, surtout dans ces civilisations anciennes où la croyance en la continuité de l’âme est très forte, est mal vu. Duryodhana chez les démons : Des êtres infernaux, les asura, émus par le malheur de l’héritier s’en mêlent et viennent proposer leur aide. Notez le parallèle ici, Arjuna était parti chercher de l’aide au ciel chez Indra et les autres dieux, les deva, le bien et le mal. Après une célébration des rites, une sorcière émerge des feux et emmène Duryodhana en enfer auprès des démons. Ceux-ci l’accueillent et lui déclarent : - Ecoute la vérité sur ton origine divine et sur la façon dont ton corps a été créé. Tu recouvreras ainsi ta fermeté pour aller au combat. Nous t’avons obtenu autrefois de Siva grâce à nos austérités. La partie supérieure de ton corps, formée d’un assemblage de diamants, est invulnérable aux armes de toute espèce. La partie inférieure de ton corps a été faite de fleurs par la Déesse et sa beauté ravit le cœur des femmes, tu n’es pas humain mais divin ! Ces êtres infernaux le réconfortent et même à lui prédisent la victoire sur les Pandava. Il devient ainsi le « champion » des démons. Enlèvement de Draupadi Un petit intermède après cette première escarmouche… les Pandava vont un jour à la chasse, quoi de plus normal car il faut nourrir la troupe. Un petit roitelet de passage aperçoit Draupadi et tombe amoureux, (souvenez-vous, les Karauva voulaient déjà la piquer à leurs cousins). Elle a beau lui dire qu’elle a cinq maris, l’autre est sourd et pas aveugle. Malgré la présence de Daumya le chapelain, il enlève Draupadi. Pour son grand malheur, car les Pandava de retour lance une chasse à l’homme, rattrapent le « Pâris indien », et reprennent leur épouse. Grands princes, ils laissent repartir le voleur de femme et sa troupe. La multiplication du riz. Tout plein d’histoires sont racontées dans le Mbh et je mets celle-ci qui devrait rappeler des choses. Vyasa, le récitant et acteur du Mbh, raconte l’histoire du Brahmane Mugdala. Celui-ci vivait sur le Kuruksetra (1) et vivait de glanures (comme Ruth dans les champs de Booz l’endormi hé hé … vous avez dit Bible ! au hazard) récoltées chaque jour. Il ne pratiquait cette récolte que pendant quinze jours, passant la quinzaine suivante, avec sa femme et son fils, à nourrir ses nombreux hôtes. Comme les grains récoltés ne représentaient qu’une toute petite provision, il n’aurait pu nourrir tant d’hôtes si, sans qu’il y prenne garde, les provisions ne s’étaient gonflées chaque jour un peu plus après qu’il eut puisé dedans sans compter…. Un miracle ! Même le terrible Durvasas (brahmane acariâtre déjà rencontré) en vient à le mettre à l’épreuve… il s’invite à dîner un soir et son ventre a failli éclater sans qu’il ait à entamer le stock de grains !!
J’arrête pour aujourd’hui. Le prochain épisode sera consacré aux grandes manœuvres diplomatiques autour des alliances qui préfigurent la guerre. Je passerai outre un certain nombre d’histoires encore, il y en a tant, qui se recoupent, qui sont même répétées !!
1 – Kuruksetra : nom à retenir… c’est le champ où la grande bataille aura lieu.
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