Mercredi 30 août 2006

Petite précision ou correction… sur un précédent com !

Bien que la guerre se soit déroulée vers 2000 ans avant notre ère, le Mahabharata est une immense (et le mot est bien faible) compilation de récits oraux à l'origine, une œuvre collective qu'on attribue au mystique Vyasa (notez bien ce nom, car ce personnage intervient souvent dans le récit) et qui aurait pris forme entre le IVe siècle avant notre ère et le IVe siècle de notre ère, et aurait été constamment remaniée par différents auteurs. (Il n’a donc pas été écrit 2000 ans avant notre ère !!)

On peut faire le parallèle avec Homère qui rédigea l’Iliade vers le 8 ème siècle avant notre ère alors que la guerre de Troie a eu lieu vers le milieu du 13 ème siècle avant notre ère. Autre parallèle et non des moindres, c’est l’intervention des dieux aux côtés des guerriers !! Mais ces interventions dans les deux cas sont des ajouts tardifs à l’histoire principale.

 

 

Pour revenir au Mahabharata, après la présentation des Pandava, voici les Kaurava ou les cent fils de Dhrtarastra. Un parallèle encore avec l’Iliade, on peut comparer le chiffre cent avec les cinquante fils de … Priam, roi de Troie !!

Que pourra-t-on voir dans ce passage ? les naissances in-vitro !

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Un jour, Vyasa vint chez Gandhari complètement épuisé par la faim et la fatigue. Gandhari prit soin de lui et il fut fort satisfait. Vyasa lui accorda alors un vœu. Elle lui demanda la faveur d’avoir cent fils semblables à son époux.

Au bout d’un certain temps, elle devint enceinte de œuvres de Dhrtarastra mais elle porta pendant deux ans l’embryon qu’elle avait conçu sans qu’il y eût naissance. Alors, elle fut plongée dans l’affliction en apprenant que Kunti avait eu un fils éclatant comme le soleil levant. Constatant que son ventre demeurait inerte, elle se mit à réfléchir et à l’insu de Dhrtarastra, égarée par le chagrin, elle frappa son ventre de toutes ses forces. A ce moment naquit une masse de chair dure comme une boule de fer. Gandhari s’apprêtait à jeter cette masse qu’elle avait portée en elle pendant deux années, lorsque Vyasa, qui avait compris ce qui s’était passé, arriva en toute hâte. Cet excellent homme de prières aperçut la masse de chair et dit à la fille de Subala :

- Que t’apprêtes-tu donc à faire ?

Dévoilant le fond de sa pensée, elle s’adressa ainsi au plus grand des sages :

- En apprenant que Kunti avait eu un premier-né lumineux comme le soleil, j’ai été prise d’un chagrin immense et j’ai donné des coups sur mon ventre. En vérité, tu m’avais longuement parlé des cent fils que j’aurais dû avoir et voici qu’au lieu de cent fils, il m’est né cette masse de chair.

- Il en sera ainsi, fille de Subala, dit Vyasa, et il ne pourrait certes en être autrement. Je n’ai jamais parlé en vain, fût-ce des choses sans importance, à plus forte raison dans ce cas. Que l’on m’apporte cent jarres de beurre clarifié (ghee) et qu’on les garde dans des endroits bien cachés. Puis, que l’on arrose d’eau froide cette boule de chair.

 

Quand la boule fut aspergée, elle se divisa en cent morceaux et, comme il convenait, elle donna successivement cent embryons de la taille d’un pouce du fait du bouleversement du temps. Alors, Ghandari mit ces embryons dans des jarres et les garda dans des endroits bien cachés. Le bienheureux lui dit d’ouvrir ces jarres quand dans un temps égal à celui de la gestation se serait écoulé.

 

Le temps venu naquit de l’une de ces jarres le prince Duryodhana. Selon l’ordre des naissances, le roi Yudhisthira était son aîné. On annonça la nouvelle de cette naissance à Bhisma et au sage Vidura. Le jour même où naquit l’orgueilleux Dyrhyodhana, naquit aussi le vaillant Bhima. Le fils de Dhrtarastra n’était pas plutôt né qu’il se mit à vociférer et à braire comme un âne ; les ânes des alentours lui répondirent ainsi que les vautours, les chacals et les corbeaux. Des vents se mirent à souffler et tout l’horizon s’embrasa. Effrayé, le roi Dhrtarastra rassembla de nombreux brahmanes, Bhisma, Vidura et ses autres amis de même que tous les Kuru et il leur dit.

 

- Le prince Yudhisthira est le premier-né et il est destiné à perpétuer notre lignée. De par ses propres vertus, la royauté lui revient ; nous n’avons rien à dire là-dessus. Mais mon fils né tout de suite après deviendra-t-il roi lui aussi ? Dites-moi clairement ce qu’il doit en être en vérité ?

 

Il avait à peine fini de parler que l’on entendit de partout les cris funestes des chacals et des épouvantables bêtes mangeuses de chair crue. Devant ces terribles présages venus de toutes parts, les brahmanes et l’intelligent Vidura lui dirent :

 

- Ô souverain des hommes, de sinistres présages se sont manifestés dès que ton fils aîné a vu le jour. Il est clair que ce fils causera la perte de notre lignée. Son abandon conjurerait ce malheur, le garder serait une erreur énorme. Il te restera quatre-vingt-dix-neuf fils : renonce donc à cet unique enfant si tu veux préserver ta lignée de cette calamité. Assure ainsi la sécurité des tiens et du monde. Un simple individu doit être abandonné au profit d’une lignée, de même une lignée dans l’intérêt d’un village, un village dans l’intérêt d’une contrée et la terre elle-même dans l’intérêt de l’atman.

 

Mais le roi, plein d’amour pour son fils, ne suivit pas les recommandations de Vidura et de toutes les excellent deux-fois-nés.

Un mois après les cent fils de Dhrtarastra étaient complet ; le cent unième enfant était une fille.

par Alain publié dans : Littérature de l'Inde ancienne
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Dimanche 27 août 2006

Résumé de l’épisode précédent :

Le roi Pandu n’ayant pu donner des enfants à sa première épouse, Kunti, sous peine de « perdre sa connaissance » (cela me fait penser à ce président …) fit appel à quelques un de ses copains dieux ! Mais la belle n’a pas voulu pousser la complaisance au delà de trois enfants.

Pandu est un peu gêné aux entournures de proposer de tels arrangements avec la… vie à la deuxième épouse, Madri, demande donc à Kunti d’intervenir auprès d’elle ….

 

Pandu à Kunti….

- Assure la continuité de ma lignée, et fais en même temps le bonheur du monde. Pour que moi, mes aïeux et les tiens ne manquions jamais d’offrandes funéraires, pour mon bonheur aussi, noble dame, accomplis cette action des plus hautes…

Fais atteindre à Madri, par le même bateau que toi, l’autre rive de son malheur ! En la faisant participer à ma descendance, acquiers une renommée sans pareille !

Et Kunti va faire la commission. Madri est d’accord et reçoit la recette :

- Pense à une divinité mais à une seule. Alors, sans aucun doute, tu auras un fils qui lui ressemblera.

Après un moment de réflexion, Madri évoqua les deux Asvin. Ceux-ci vinrent à elle et engendrèrent deux fils, Nakula et Sahadeva, dont la beauté n’avait pas d’égale sur terre et qui étaient jumeaux comme les Asvin eux-mêmes. (Chère Dragonne, ce passage ne te rappelle les ....Dioscures…. Castor et Pollux ? une histoire de cygne encore !!)

Le triplet (c’est-à-dire le mari et ses deux épouses) ont donc 5 enfants, ce sont les Pandava ou fils de Pandu). Les années passent ainsi, ils mènent leur petite vie tranquille jusqu’au jour où, une petite ballade en forêt…

En voyant ses cinq fils gracieux sur cette charmante montagne boisée, Pandu sentait revivre la vigueur de ses propres bras (en faisant des .. moulinets, peut-être !!).

Un jour, à la saison du printemps qui fleurit les bois et trouble les créatures, le roi se promenait avec son épouse Madri dans la forêt…

A la vue de ces bois, l’amour naquit dans le cœur de Pandu. Tandis qu’il se promenait, l’esprit joyeux, tel un immortel, Madri dans ses plus beaux atours vint à lui toute seule. En contemplant cette femme dans la fleur de l’âge, vêtue d’étoffes transparentes, son désir éclata comme un incendie dans la forêt profonde. Quand il vit la belle aux yeux de lotus toute seule dans ce lieu écarté, il ne put réfréner son désir, subjugué par l’amour. Le roi voulut alors prendre de force la reine dans ce lieu isolé mais celle-ci, tremblante, le repoussa de toutes ses forces. L’âme dévorée par la passion, le roi ne pensait plus à la malédiction qu’on lui avait jetée. Tombée au pouvoir de l’amour, sans craindre la malédiction, poussé par le destin, il s’unit de force à Madri, mettant ainsi un terme à son existence. Il était tout entier à son désir. Kala (Dieu de la Mort) en personne avait bouleversé ses sens et égaré son intelligence qui disparut en même temps que sa vie. S’étant uni à son épouse, Pandu, le descendant des Kuru tout pétri de Dharma suprême mourut, soumis à la loi du temps. Madri étreignit alors le roi inconscient et poussa des cris de douleur à profusion. Sur ce, Kunti et ses fils ainsi que Nakula et Sahadeva arrivèrent tous ensemble. L’infortunée Madri dit à Kunti :

- Viens ici toute seule, que les enfants restent là-bas !

 

A ces mots, Kunti laissa les enfants sur place et se précipita sur les lieux en hurlant : « je suis morte ! » A la vue de Pandu et de Madri gisant sur le sol Kunti envahie de chagrin, se mit à sangloter de désespoir.

 

- J’ai toujours gardé ce héros en pleine possession de lui-même, dit-elle. Comment, sachant la malédiction de l’ermite, a-t-il pu te saisir de force ? Sans aucun doute tu aurais dû protéger le roi. Comment as-tu pu exciter sa convoitise dans cet endroit désert ? Comment se fait-il qu’il ait éprouvé la joie quand tu l’as rejoint dans cet endroit isolé alors que, jusque là, il était constamment abattu à la pensée de la malédiction ? Tu as de la chance, princesse des Vahika et tu es plus fortunée que moi car tu as vu le visage du roi illuminé par la joie !

 

- J’ai pleuré, ô reine, dit Madri, et j’ai essayé plusieurs fois de le retenir mais il n’a pu se dominer, voulant en vérité accomplir son destin fatal.

 

- Je suis la première épouse selon le dharma, dit Kunti, le premier mérite selon le dharma doit me revenir. Ne m’empêche pas, Madri, d’entrer dans l’état qui doit devenir mien nécessairement. Je suivrai mon seigneur au royaume des trépassés. Lève-toi, laisse le roi et prends soin des enfants.

 

- C’est moi, dit Madri, qui suivrai mon seigneur : il ne m’a pas fuie quand il m’a désirée. Je ne suis pas rassasiée des plaisirs goûtés en sa compagnie, que mon aînée me permette donc de le rejoindre. C’est en voulant s’unir à moi que le meilleur des Bharata est mort de son désir. Comment pourrais-je ne pas le suivre au séjour de Yama pour y assouvir sa passion ? De plus, noble dame, je ne pourrais m’acquitter de la tâche d’élever les enfants sans partialité envers tes fils et j’encourrais alors un péché. Agis donc envers mes deux enfants, Kunti, comme s’ils étaient les tiens. C’est en me désirant que le roi est parti pour le royaume des trépassés. Aussi, mon corps bien enveloppé doit-il être brûlé en même temps que le sien. Accorde-moi cette faveur, noble dame. En étant vigilante auprès des enfants, tu agiras pour mon bien. Je ne vois rien d’autres à te recommander.

 

A ces mots, la glorieuse fille du roi des Madra, l’épouse légitime de ce taureau entre les hommes monta soudain le rejoindre dans le flammes du bûcher.

 

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Je me régale d’avance du commentaire de la Dragonne !!! hé hé c’est ça quand on est célèbre !! Je préfère ne pas essayer imaginer…

par Alain publié dans : Littérature de l'Inde ancienne
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Jeudi 24 août 2006

Résumé de l’épisode précédent.

Le Sage-Antilope après avoir été blessé à mort, a lancé une malédiction sur Pandu : il ne pourra plus « connaître » ses deux épouses, Kunti et Madri, sous peine de mourir. Pandu n’ayant pas encore d’enfants, la question (to be or not to be !!) maintenant est, comment fera-t-il pour avoir cinq fils ?

Des adoptions par exemple ? non non non, il y a plus fort !

On peut faire le parallèle dans ce passage avec l’Iliade, où par exemple Zeus et son épouse Héra, mais surtout Athéna, prennent une part prépondérante dans la guerre.

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« Lorsque Pandu lui eut dit cela, la belle Kunti (sa première épouse) dévouée au bonheur et au bien de son époux répondit :

- Encore jeune fille, j’étais chargée dans la demeure de mon père d’accueillir et d’honorer les hôtes. C’est ainsi que j’eus l’occasion de servir le terrible brahmane aux vœux austères pour qui le dharma n’a pas de secrets connu sous le nom de Durvasas. Cet homme à l’âme inébranlable, satisfait des soins zélés que je lui prodiguai, m’accorda un vœu assorti d’un charme. Il me communiqua une formule et me dit :

«  Quelque dieu que tu invoques par cette formule il tombera en ton pouvoir, qu’il le veuille ou non, et tu auras un fils de par sa grâce. »

Voilà ce qu’il me dit dans la demeure de mon père. La parole d’un brahmane ne peut être que vraie ; voici le temps de la mettre en œuvre ; si tu permets, j’invoquerai un dieu par cette formule afin que nous ayons la progéniture qu’il nous faut. Dis-moi quel dieu dois-je appeler ; meilleur des justes. J’attends tes ordres pour agir.

- Mets-toi à la tâche dès maintenant, ma belle, comme il t’a été prescrit. Appelle le dieu Dharma car il est béni dans tous les mondes. Ainsi notre dharma ne sera jamais contaminé par son contraire.

Kunti invoqua l’inébranlable dieu Dharma pour avoir un enfant. En hâte, elle lui dédia une offrande et murmura de la manière prescrite le mantra que Durvasas lui avait donnée autrefois. Alors, de par la vertu de cette formule, le dieu Dharma arriva sur son char divin resplendissant comme le soleil là  où se trouvait Kunti. En riant, il lui dit :

- Kunti, que puis-je te donner ?

Et bien qu’il eût ri d’elle, Kunti lui répondit :

- Donne-moi un fils !

Elle s’unit alors au dieu Dharma qui avait pris son corps de yogin et la belle eut un fils dévoué au bien de tous les êtres.

Son fils n’était pas plus tôt né qu’une voix incorporelle annonça :

- Cet enfant sera éminemment vertueux ; ce sera un homme excellent, vaillant, à la parole vraie ; il sera roi sur cette terre. Ce fils premier-né de Pandu s’appellera Yudhisthira.

Un… 2 ème fils ?…

Kunti invoqua Vayu, le dieu du vent. Le puissant Vayu vint a elle monté sur une antilope et lui dit :

- Que veux-tu de moi maintenant, Kunti ? Dis-moi ce que ton cœur désire.

Souriant timidement, elle répondit :

- Meilleur des dieux, donne-moi un fils fort, au corps puissant, capable de briser l’orgueil de quiconque.

C’est ainsi que naquit Bhima (Vrkodara) à la vaillance extraordinaire.

A la naissance de cet enfant extrêmement vigoureux, une voix incorporelle annonça :

- Voici qu’est né le meilleur de tous les hommes.

Bhima était à peine né qu’il y eut aussi ce prodige : tombé du giron de sa mère, il réduisit en morceaux de son corps le rocher où il était tombé. Effrayée par la vue d’un tigre, Kunti s’était levée brusquement sans penser à Vrkodara qui dormait dans son giron. Alors, l’enfant au corps dur comme le diamant tomba par terre et, dans sa chute, il réduisit un rocher en cent morceaux. A la vue de ce rocher brisé, Pandu fut émerveillé.

Un 3 ème fils………

Pandu se tourne vers Indra, le souverain des dieux qui lui annonce :

- Je te donnerai un fils dont la renommée s’étendra aux trois mondes. Il fera le bien des brahmanes, des vaches et de ceux qui l’aiment. Il causera le tourment de ceux qui ne l’aiment pas. Il fera la joie de tous ses parents. Je te donnerai un fils éminent qui tuera tous ses ennemis.

La glorieuse reine invoqua donc le Dieu. Le souverain des dieux vint à elle et engendra Arjuna. Le prince n’était pas plutôt né qu’une voix incorporelle au grondement énorme, faisant résonner tout l’espace, se fit entendre de toutes les créatures et de ceux qui peuplaient l’ermitage. Elle s’adressera à Kunti en ces termes.

- Grâce à la vigueur de ses bras, Arjuna rassasiera de la graisse de toutes les créatures peuplant la forêt Khandava le Feu qui véhicule toutes les offrandes. Après avoir vaincu des princes et des chefs, ce grand héros célébrera avec ses frères trois sacrifices.

En combattant, il contentera le grand dieu Sankara qui, satisfait, lui donnera l’arme Pasupata.

Et pourquoi pas un 4 ème fils ?

Le glorieux Pandu, avide d’autres fils (car son frère a une « centaine » sous la main ! Mais quantité n’est pas qualité !!!) voulut en parler de nouveau à son épouse légitime mais Kunti lui répondit :

- Une quatrième conception n’est pas indiquée, dit-on, même en période de détresse. Une de plus et la femme est libertine ; à la cinquième, c’est une courtisane.

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Les deux autres fils seront pour le prochain épisode… un peu de patience …

par Alain publié dans : Littérature de l'Inde ancienne
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Samedi 19 août 2006

 

Je ne vais pas vous résumer ici la « Grande Epopée Indienne » connue sous le nom de Mahabharata, car des sites sur ce sujet plus que vaste, on en trouve en veux-tu en voilà !

Mais quelques mots malgré tout sur ce récit qui est selon moi un mélange du « Roi Lear » et de l’Iliade hindou.

Le Mahabharata pour ceux qui ne le savent pas est le récit de la guerre fratricide ou plus exactement germanicide entre le Pandava (les cinq fils de Pandu. Mais attention ce n’est pas parce qu’ils sont cinq qu’ils s’appellent Pandava) et les Kaurauva (les cent fils de … Kuru – appréciez la rondeur du nombre !!) puisqu’ils étaient cousins. Cette lutte ne verra ni vainqueurs ni vaincus puisque tous les protagonistes vont y laisser leur peau !!

Je mettrai ici mettre juste quelques extraits de cette œuvre plus volumineuse que la… Bible et qui contient plus de 100 mille vers, autant dire que je n’aurai pas besoin d’ajouter de commentaires, ça changera un peu !!

Une remarque …ceux et celles qui connaissent leurs classiques gréco-latins y verront quelques parallèles sinon des similitudes troublantes dans les divers extraits que je compte y mettre !

Pour commencer par exemple, pour ce premier texte relatant la mort du roi Pandu, je sais ce n’est pas gai mais ça remonte à si longtemps !! on pourra rapprocher le sort funeste de Messire Actéon, le « porteur de bois » ou le métamorphosé en cerf par Artémis qui le surprit en train de la zieuter dans son bain et qui fut dévoré par ses propres chiens !! Quand je dis que la chasse est dangereuse !! Pour plus de détail vous reporter aux Métamorphoses d’Ovide…

Et puisque l’on est dans les métamorphoses, un autre dont le sort ne fut pas funeste mais qui perdit la vue ou fut transformée en femme (selon les versions) pour avoir surpris Athéna dans son bain, encore… Il s’agit du devin hellène Tirésias. On dirait que c’était une manie chez les anciens de surveiller les femmes au bain !! (Chez les nouveaux Princes aussi ça se fait mais les Dulciné!!! n'ont pas le pouvoir de les transformer en ... crap!!!) Notez que selon la Bible encore et toujours … (c’est une de mes références hihihi désolé je suis tombé dans le bénitier …mais j’en suis sorti !) David a failli tourner de l’œil en voyant la belle Bethsabée sur la berge de la rivière. Et comme c’était LE ROI David, il fit envoyer Urie le Hititte, le mari de la Beth au passage, au front … un assassinat déguisé afin d’épouser la veuve mais sans les orphelins !

Un dernier mot sur Tirésias. Selon la légende, Cadmos tua un … dragon et sema la moitié de ses dents d’où naquit entre autres … Tirésias !! Mais pourquoi je parle de .. dragon au fait hé hé !!!

 

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…………« Tandis qu’il parcourait l’immense forêt peuplée de gibier et de fauves, le roi Pandu aperçut un jour le chef d’un troupeau d’antilopes qui s’accouplait à une femelle. Alors, il les transperça tous deux de cinq flèches à pointes d’or, empennées de belles plumes rapides et acérées. Or, cet antilope était un fils de sage, un ascète puissant qui avait pris cette forme pour s’unir à son épouse. Enlacé à la femelle, il tomba aussitôt à terre et faisant entendre une voix humaine il se lamenta, les sens troublés :

- Même les hommes voués au péché, dit-il, plein de désir, de colère et dépourvus de toute raison ne commettent pas d’actes aussi cruels. La sagesse individuelle ne peut l’emporter sur l’ordre du monde ; l’ordre du monde l’emporte sur la sagesse de quiconque. Le sage n’obtient rien qui aille contre l’ordre du monde. Toi, descendant de Bharata, né dans une famille éminente toute pétrie de dharma éternel, comment as-tu pu être dominé par le désir et l’avidité, comment ton esprit a-t-il pu être détourné ainsi du droit chemin.

 

Pandu répondit :

 

- On dit que les rois peuvent tuer le gibier de la même manière qu’ils tuent leurs ennemis. Je te prie donc de ne pas blâmer à tort. Le dharma royal admet que l’on tue le gibier aussi bien de front que par ruse ; pourquoi donc me blâmes-tu ?

 

- On ne doit pas décocher de flèches contre un ennemi qui n’est pas préparé répliqua l’antilope. C’est seulement à des moments précis qu’il est légitime de le tuer.

 

- Qu’il soit distrait ou qu’il ne le soit pas, répondit Pandu, on peut tuer un animal à découvert en fonction de sa propre force par n’importe quel stratagème violent. Pourquoi donc me blâmes-tu ?

 

L’antilope dit :

 

- Je ne te blâme pas, ô roi, pour le meurtre d’animaux ni à cause de ce que tu m’as fait. Mais si tu n’étais pas cruel, tu aurais dû attendre que j’aie accompli l’acte d’amour. A un moment si bon pour toutes les créatures, à un moment si désiré, quel est le sage qui tuerait un animal quand il s’accouple dans la forêt ?

Je me suis uni à cette femelle avec volupté pour accomplir l’un des buts de l’homme. A cause de toi, cet acte ne portera pas fruit. Tu es né dans la lignée des Paurava aux actes immaculés : ce geste révoltant que le monde entier blâmerait, qui te privera du Paradis et de la gloire, éminemment contraire au dharma, est indigne de toi. Tu es un connaisseur des plaisirs de l’amour, tu es instruit dans la véritable nature des préceptes, du dharma et de l’artha : tu n’aurais pas dû commettre, toi qui ressembles à un dieu, un tel acte qui te fermera les portes du Paradis. Tu dois châtier, ô roi, les pécheurs aux actes cruels qui méprisent les droits buts de l’homme. Qu’as-tu fait là en tuant un innocent ! J’étais un ermite se nourrissant de fruits et de racines et j’ai pris l’apparence d’une antilope. J’habitais la forêt où je vivais constamment dans la quête de la paix.

Puisque tu as voulu me tuer, je te frappe de cette malédiction :

Tu as été cruel envers un couple ; aussi, lorsque tu seras malgré toi en proie au trouble du désir amoureux, cette situation, tout comme pour moi, mettra fin à ton existence. Je suis Kindama, un sage voué à l’ascétisme. Par honte à l’égard des humains, je me suis changé en antilope pour m’unir à une femelle. En compagnie de ceux de mon espèce, je suis venu dans cette épaisse forêt. Cependant, tu ne t’es pas rendu coupable du meurtre d’un brahmane car tu ignorais que je l’étais lorsque tu as tiré sur moi alors que j’avais pris la forme d’une antilope troublée par l’amour. Voici pourtant, insensé, la conséquence accordée à ton acte :

Quand tu seras ivre de désir et que tu t’approcheras de ta bien-aimée, tu partiras aussi dans la même situation pour le monde des trépassés. Et celles de tes épouses dont tu t’approcheras à l’heure de ta mort te suivra, dévouée, jusqu’à la citadelle du roi des trépassés à laquelle on n’échappe pas. De même que tu m’as précipité dans le malheur au moment où j’étais en plein bonheur, le malheur s’abattra sur toi quand tu seras dans la félicité.

 

A ces mots, l’antilope vaincue par la douleur rendit le dernier soupir.

A l’instant même, Pandu tomba aussi dans l’affliction. »…………….

 

par Alain publié dans : Littérature de l'Inde ancienne
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Philosophie

« Pour le sage, la tristesse et la joie se ressemblent, le bien et le mal aussi. Pour le sage, tout ce qui a commencé doit finir. Alors, demande-toi si tu as raison de te réjouir de ce bonheur qui t'arrive, ou de te désoler de ce malheur que tu n'attendais pas. »
O. Khayam

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