Mardi 21 novembre 2006

Puisque le sujet sur Horace vous avait plu, j’en remets une nouvelle couche, afin de protéger le ….valseur, on ne sait jamais !!

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« Un soldat de Lucullus (1) avait amassé quelque argent avec beaucoup de peine; s’étant endormi de lassitude pendant la nuit, il perdit tout son butin jusqu’au dernier sou. Furieux contre l’ennemi, contre lui-même, il va, de rage, comme un loup affamé attaquer un fort inaccessible et rempli de richesses; il l’emporte. Cette action le rend fameux; on le comble d’honneurs; on lui fait une gratification de vingt mille sesterces. Quelque temps après, Lucullus voulant prendre un autre fort, fait venir le même soldat, et lui parle en des termes capables de donner du cœur aux plus timides. 

 - Allez, ami, où la gloire vous appelle, vous réussirez, et la récompense vous attend. (Comme l’autre ne bougeait pas ! il insiste) Hé bien, partez donc !

- Oui-dà, lui répondit le soldat, qui, quoique grossier n’était pas sot, je vous entends, mais ira là qui aura perdu sa bourse. »

Horace - Epîtres

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1- Lucullus, Général romain (117 – 49 av. notre ère), homme cultivé, grand amateur d’arts, au « fin palais » ou la « fine…. goule », est celui qui ramena la cerise en occident lors de ses campagnes orientales. Il inspira par le raffinement dudit palais la formule « Ce soir Lucullus dîne chez Lucullus », en effet même quand il dînait seul, le repas devait être fastueux !

 

par Alain publié dans : Sagesse
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Mercredi 15 novembre 2006

Socrate est attendu au banquet, son ami Agathon s’impatiente…

Enfin Socrate arriva, sans s'être attardé aussi longtemps que d'habitude, comme on était à peu près au milieu du dîner. Alors Agathon, qui occupait seul le dernier lit, s'écria : 

- Viens t'asseoir ici, Socrate, près de moi, afin qu'en te touchant tu me communiques les sages pensées qui te sont venues dans le vestibule; car il est certain que tu as trouvé ce que tu cherchais et que tu le tiens, sans quoi tu n'aurais pas bougé de place. 

Alors Socrate s'assit et dit : 

- Il serait à souhaiter, Agathon, que la sagesse fût quelque chose qui pût couler d'un homme qui en est plein dans un homme qui en est vide par l'effet d'un contact mutuel, comme l'eau passe par l'intermédiaire du morceau de laine de la coupe pleine dans la coupe vide. S'il en est ainsi de la sagesse, je ne saurais trop priser la faveur d'être assis à tes côtés; car je me flatte que ton abondante, ton excellente sagesse va passer de toi en moi et me remplir ; car pour la mienne, elle est médiocre et douteuse, et semblable à un songe ; mais la tienne est brillante et prête à croître encore, après avoir dès ta jeunesse jeté tant de lumière et s'être révélée avant-hier avec tant d'éclat à plus de trente mille spectateurs grecs. 

- Tu railles, Socrate, dit Agathon; mais nous trancherons cette question de sagesse un peu plus tard, toi et moi, en prenant Dionysos pour juge; pour le moment, songe d'abord à dîner.

 

 

par Alain publié dans : Sagesse
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Mardi 14 novembre 2006

Richesse et Bonheur

  « Enfin, il y a un temps où l’on cesse d’amasser. Plus on a de bien, moins on doit craindre la disette. Vous avez ce que désiriez, restez-en là. Craignez de ressembler à un certain Umidius. C’était un homme si riche qu’il mesurait ses écus au boisseau; et si avare qu’il n’était jamais mieux couvert qu’un esclave. Il craignit jusqu’au dernier jour de sa vie. Une affranchie lui fendit la tête avec une hache. Il fut guéri. ». Horace, Satires

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Bonheur et Folie…

  « Il y avait à Argos un homme de qualité qui s’imaginait entendre de belles tragédies. Il s’en allait au théâtre s’asseoir seul, et battre des mains sans rien voir. Du reste, s’acquittant des tous ses devoirs, bon voisin, hôte aimable, mari complaisant, maître raisonnable, et qui ne se mettait pas en furie pour une bouteille décoiffée; en un mot, il avait assez de bon sens pour ne point se jeter dans un puits ni par les fenêtres. A force de dépenses et de soins, ses parents vinrent à bout de le guérir. Une dose d’hellébore pur le remit en son bon sens. En vérité, les amis, leur dit-il, vous m’avez fait plus de tort que de bien, vous m’avez enlevé tous mes plaisirs en me guérissant d’une folie qui faisait mon bonheur. » Horace, Epîtres.  

 

par Alain publié dans : Sagesse
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Mardi 10 octobre 2006

Dracon (VII ème S. av. notre ère) est le législateur athénien, -celui qui donna le qualificatif draconien !- qui reçut à Athènes une autorité particulière pour organiser et codifier les lois en 621 avant notre ère, pour la première fois par écrit.

Les lois étaient notoirement sévères et presque tous les délits étaient punis par la peine de mort. Quand on lui demanda pourquoi il décréta la peine de mort comme châtiment pour la plupart des délits, il répondait que les petits délits méritaient la mort et qu’il ne connaissait pas de punition plus sévères pour les grands.

Ces lois draconiennes furent abrogées par Solon, sauf celles concernant les homicides.

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Zénon D’Elée (V ème S. av. notre ère)

« La loi, sans elle il n’est pas possible de diriger une cité.

Sans la cité ce qui est moralement beau est inutile ;

Aussi la cité est-elle une réalité moralement belle ;

Or sans la loi la cité est inutile ;

Donc la loi est une réalité moralement belle. »

 

 

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« Mesure pour mesure » de Willie, en V.F. et en ….V.O .c’est-à-dire dans la langue de Shakespeare quoi !!

 

Nos statuts rigoureux et nos lois incisives,

Mors et freins nécessaires aux herbes indociles,

Nous les avons depuis dix neuf ans laissé filer,

Ainsi qu’un lion devenu trop grand dans une grotte

Sans sortir pour chasser. Ainsi donc, en pères stupides,

 

Ayant noué les faisceaux des verges menaçantes

Pour seulement les placer sous les yeux de leurs enfants,

Pour faire peur, sans servir, à la longue la badine

Fait rire et non trembler ; c’est ainsi que nos décrets,

Frappés de désuétude, sont atteints par la mort ;

La licence fait un pied de nez  à la justice ;

 

Le nouveau-né bat sa nourrice ; et à vau-l’eau  Va toute bienséance.

 

   

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We have strict statutes and most biting laws.
The needful bits and curbs to headstrong weeds,
Which for this nineteen years we have let slip;
Even like an o'ergrown lion in a cave,
That goes not out to prey. Now, as fond fathers,
Having bound up the threatening twigs of birch,
Only to stick it in their children's sight
For terror, not to use, in time the rod
Becomes more mock'd than fear'd; so our decrees,
Dead to infliction, to themselves are dead;
And liberty plucks justice by the nose;
The baby beats the nurse, and quite athwart
Goes all decorum.

    

par Alain publié dans : Sagesse
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Mardi 12 septembre 2006

La distance s’amenuisa entre le chasseur et le tigre qui le poursuivait. Le souffle de l’homme se raccourcit. A l’orée du bois, une liane balançait dans une trouée de soleil. Il la saisit, grimpa rapidement hors de portée du fauve, puis resta un moment les yeux clos, suspendu entre ciel et terre, essayant de calmer son souffle pour apaiser des battements de cœur. Sous lui, l’odeur puissante du tigre remplit l’espace. Le fauve tournait en rond en suivant dans l’herbe le mouvement de la liane. Il entendit son bâillement désespéré. Il ouvrit les yeux. Vit l’animal dressé. Ses griffes battirent l’air si près de ses talons qu’il en sentit le vent. Il tira sur ses bras, entreprit une remontée. La liane, sous la secousse, geignit et décrocha. Elle plongea d’un mètre. Le chasseur terrorisés lança ses poings suants aussi haut qu’il put, grippa hors d’atteinte. La liane déstabilisée tournoyait, emportant dans ses rondes le chasseur saisi de vertige, de nausée. Soudain la valse devint secousses. Le tigre grondant, arc-bouté, avait saisi la liane entre ses dents. Il la tirait, la secouait afin de faire tomber sa proie. L’homme leva les yeux, aperçut une branche proche, parvint à la saisir et, se tenant d’une main à la branche, de l’autre à la liane, il entreprit un rétablissement périlleux. Enfin, il s’affala à plat ventre dans une profusion de feuillage bruissant.

C’est alors qu’il vit l’ours fort intéressé par ses manœuvres. Il était sur la même branche, entre le tronc de l’arbre et lui.

Le tigre, en bas, se mit à rire.

- Eh frère ours, cet homme est un prédateur pour toi comme pour moi, notre ennemi commun. Jette-le au bas de l’arbre, je le dévorerai !

 

- Hélas, frère tigre, répondit l’ours. Ce prédateur arrivé chez moi devient un invité, je ne saurais l’en chasser. Les lois de l’hospitalité me l’interdisent formellement.

 

L’ours un instant contempla l’homme ridiculement accroché à la branche, puis, ayant eu son content de spectacle pour la journée, grimpa sur une autre branche, s’y affala et s’endormit benoîtement. Il se mit à ronfler, plissant le museau quand les mouches bleues dérobaient à sa gueule un reste de miel.

Le chasseur, ayant repris ses esprits et sa force, se glissa de la branche au tronc, se mit enfin debout. Il souffla abondamment, s’essuya le front et lécha aux commissures de ses lèvres, la sueur qui le brûlait. Le tigre, en bas, décida de changer de proie. Il s’assit dans l’herbe, s’adressa au chasseur.

- Homme, cet ours bien nourri dort ; à son réveil, il sera affamé. Alors il perdra tout sens de l’hospitalité et te regardera comme un gibier. Tu serais avisé de le pousser au sol. Moi, je pourrais m’en nourrir. Toi, tu partirais sans souci de moi qui aurais festoyé grassement, ni de lui qui serait trépassé.

 

L’affaire fut conclue en deux clins d’œil complices. L’homme se hissa jusqu’à l’ours endormi. Mais l’ours n’était ni sourd ni sot. Il quitta son lit de feuillage, saisit une branche, s’y balança tranquillement s’y laissa glisser, hors de portée des deux compères, sur une branche proche.

 

- Ces hommes, tous pareils ! ricana le tigre. As-tu vu celui-là ? Il t’aurait poussé sans le moindre scrupule. Maintenant, tu peux me l’envoyer d’un coup de patte. Venge-toi ! Je l’attends.

 

- Non, dit l’ours, rien n’autorise que le code de l’honneur soit brisé, pas même la duplicité et les intentions mauvaises d’autrui. Si longtemps qu’il sera dans cet arbre, cet homme demeure sous ma protection. Ensuite, que Dieu le protège !

L’ours s’installa sur une branche inaccessible au chasseur. Le tigre s’allongea à l’ombre du grand arbre. Il somnola d’un œil. Il savait que les fruits tombent toujours des branches. L’homme veilla trois nuits sans boire ni manger, puis, épuisé, dégringola dans la gueule de son destin, fruit de ses actions passées.

 

par Alain publié dans : Sagesse
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Philosophie

« Pour le sage, la tristesse et la joie se ressemblent, le bien et le mal aussi. Pour le sage, tout ce qui a commencé doit finir. Alors, demande-toi si tu as raison de te réjouir de ce bonheur qui t'arrive, ou de te désoler de ce malheur que tu n'attendais pas. »
O. Khayam

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